mercredi 19 août 2009
La der des ders ?
C'EST LEUR 54E ÉTÉ AU CAMPING AU FIL DE L'EAU. Le
séjour des Feray à Saintes est une institution. Qui pourrait s'arrêter l'an
prochain

Pressagny l'Orgueilleux - Saintes, 528 kilomètres. Bernard et Renée Feray ont rallié pour la 54e fois, cet été, l'Eure à la Charente-Maritime. Un demi-siècle plus tôt, il fallait s'imaginer les époux, respectivement à 26 et 30 ans, sur leur moto, rouler en direction de Lourdes, avec juste une petite toile de tente roulée dans le dos. Une panne imprévue à La Flèche, dans la Sarthe, et c'est toute l'histoire de leurs futures vacances qui s'écrit.
À Saintes, l'arrêt est obligatoire, Bernard s'étant blessé en réparant la moto. Un champ parsemé de quelques tentes et de cabanes en bois, situé à l'époque sur le parking de l'ex-piscine municipale de Saintes, allait accueillir les voyageurs. Il fallait les voir faucher l'herbe sèche pour s'en faire un matelas de fortune dans cette ville qui leur était encore totalement inconnue. Là, c'est le coup de foudre. Une bonne ambiance, des gens sympas, l'apéro au soleil... Toute une découverte de théories hédonistes qui firent revenir les deux Normands, depuis lors, 53 étés.
« Notre point de ralliement »
Théâtre de leurs interminables soirées et de multiples rencontres : le café du Port-Larousselle. « À l'époque, c'était un bistrot-épicerie. C'était notre point de ralliement », se remémore Bernard. Tous les jours le même refrain. L'heure de l'apéro entamée, le couple retrouvait tous les corps de métier de Saintes dans le troquet des bords de Charente. Renée énumère : « Il y avait les gendarmes, les pêcheurs, les éboueurs, les gars de l'abattoir, le boulanger... Ils venaient boire un p'tit canon et repartaient bosser. Parfois, il arrivait même que Popol le gendarme fasse la circulation avec un coup dans le pipeau ! »
Tout ce beau monde commençait à se croiser dès le petit matin autour d'un café, ou d'un verre de rouge pour certains, et le passage mouvementé et diversifié des Saintais se terminait tard dans la soirée. Bernard et Renée n'en perdaient pas une miette. Ça jouait aux cartes, ça dansait un peu, et surtout ça profitait de l'instant présent. « Dès qu'on arrivait au Port-Larousselle, on entendait crier "V'là les Normands ! " À partir de là, tout le monde savait qu'on était dans le coin. »
Un seul rendez-vous manqué
Camper à Saintes est devenu la marque de fabrique des Feray. On se demande presque si l'addiction n'est pas transmise par un gène. Encore jeunes mariés, c'est la mère de Renée qu'ils enrôlent. « À l'époque, on se posait alors au bord de la route parce que la belle-mère voulait voir passer les voitures. C'était son truc... », raconte Bernard. Et puis en 1964, leur fille unique Marie-Christine naît. « En 55 ans, c'est le seul été où nous ne sommes pas venus à Saintes. Mais depuis on s'est bien rattrapés. » Fille, gendre et petits-enfants font dorénavant partie de l'aventure annuelle. Pourtant, comme toute bonne chose a une fin, le camping Au fil de l'eau accueille pour la dernière fois les deux Normands. « On est trop vieux maintenant, on a aussi des problèmes de santé », explique Renée.
« Ça, c'est sûr que je vais avoir les boules, rétorque Bernard. Mais bon, on sait jamais, avec les enfants on arrive encore à se débrouiller. » Pas crédible pour deux sous, on sent qu'inévitablement, le camping de Saintes reverra pour la 55e fois Bernard et Renée l'année prochaine. Du moins, tout le monde l'espère.
Auteur : Sophie Carbonnel
